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La santé mentale des jeunes (16 à 25 ans)

il y a 4 jours
4 min de lecture

Le 10 octobre dernier, c'était la Journée mondiale de la santé mentale.

À cette occasion, RTL info m'a interrogée sur le mal-être des jeunes, aux côtés d'une de mes patientes qui a eu le courage de témoigner. Cette interview m'a donné envie de prolonger la réflexion ici.


Car entre 16 et 25 ans, beaucoup de jeunes vont mal. Souvent en silence. Souvent en se disant que « ça va passer », que « les autres s'en sortent mieux », ou qu'ils n'ont « pas de vraie raison » d'aller mal.


Cet article s'adresse à toi, si tu te reconnais dans cette tranche de vie. Et à vous aussi, parents, proches, enseignants, qui vous demandez comment les aider.


Une période charnière

Entre 16 et 25 ans, tout bouge en même temps. Tu quittes l'adolescence sans être encore tout à fait installé(e) dans ta vie d'adulte.

C'est l'âge des grands choix : des études à poursuivre ou à abandonner, un premier job, un premier appartement, parfois un premier grand amour ou une première rupture. C'est aussi l'âge où on se demande qui on est vraiment, ce qu'on veut, et quelle place on peut prendre dans le monde.


On présente souvent ces années comme « les plus belles de la vie ». Elles peuvent l'être. Mais elles sont aussi exigeantes. Et quand tout le monde semble dire que tu devrais en profiter, il devient encore plus difficile d'avouer que tu n'y arrives pas.


Ce que vivent les jeunes aujourd'hui

Les chiffres sont parlants: selon la dernière Enquête de santé de Sciensano (2023-2024, publiée en octobre 2025), près d'un jeune Belge de 15 à 24 ans sur quatre (23,1 %) présente un trouble anxieux et/ou dépressif.


L'anxiété chez les 15-24 ans est passée de 3,5 % en 2008 à 16 % aujourd'hui. Et moins de la moitié d'entre eux estiment bien dormir.


Dans mon atelier, en consultation, derrière ces pourcentages, j'entends surtout :

  • La pression de réussir : les études, les attentes des parents, la peur de « rater sa vie » avant même de l'avoir commencée.

  • La comparaison permanente : sur les réseaux sociaux, tout le monde semble plus beau, plus heureux, plus avancé.

  • La solitude, même entouré(e) de monde, même avec des centaines d'abonnés.

  • L'inquiétude face à l'avenir : le climat, le coût de la vie, un monde qui paraît instable.

  • Le rapport au corps et à l'image, parfois jusqu'aux troubles alimentaires.


Pourtant, une note d'espoir : la même enquête montre que les 15-24 ans restent les plus optimistes face à leur avenir (83,8 %). L'élan est là. Il a parfois juste besoin d'être soutenu.


Les signes qui doivent alerter

Tout le monde traverse des passages à vide. Ce qui doit alerter, c'est quand ça dure plusieurs semaines et que ça commence à empêcher de vivre normalement :


  • Un sommeil très perturbé, trop ou pas assez.

  • Une fatigue permanente, même au réveil.

  • Le repli sur soi : ne plus voir ses amis, ne plus sortir de sa chambre.

  • La perte d'intérêt pour ce qui faisait plaisir avant.

  • Des changements marqués dans l'alimentation.

  • Une irritabilité inhabituelle, des crises de larmes, des colères.

  • Le décrochage scolaire ou professionnel.

  • Une consommation d'alcool, de cannabis ou d'écrans qui sert à "ne plus penser".

  • Des phrases comme "à quoi bon", "je suis nul(le)".


Ce qui aide

La première chose à savoir : demander de l'aide n'est pas un signe de faiblesse. C'est souvent le premier vrai geste de soin envers soi-même.


Mettre des mots… ou pas

Parler à quelqu'un de confiance, un ami, un parent, un professeur, un médecin, c'est déjà desserrer l'étau. Mais je le sais : quand on va mal, les mots ne viennent pas toujours. On ne sait pas par où commencer, on a peur d'être jugé, ou on ne comprend pas soi-même ce qui se passe.


Passer par la création

C'est là que l'art-thérapie prend tout son sens. Les couleurs, les formes, les matières permettent d'exprimer ce qui ne peut pas encore se dire.

Pas besoin de savoir dessiner : il n'y a ni note, ni jugement, ni résultat attendu.

Créer, c'est aussi sortir de la passivité, couper avec les écrans, se remettre en mouvement. Petit à petit, ce qui était confus devient visible. Et ce qui est visible devient plus facile à comprendre, puis à transformer.

C'est exactement ce dont témoigne ma patiente dans le reportage de RTL info : comment la création l'a aidée à retrouver un chemin vers elle-même.


Quelques repères

Sans en faire une injonction de plus, quelques repères simples soutiennent la santé mentale : dormir suffisamment, bouger, garder des moments sans écran, et surtout, cultiver des liens réels, même peu nombreux.


Aux parents et aux proches

Vous voyez votre enfant, votre ami, votre élève changer, et vous ne savez pas comment l'aborder. Voici quelques pistes :


  • Écoutez sans chercher tout de suite à résoudre. Souvent, un jeune a d'abord besoin de se sentir entendu, pas conseillé.

  • Évitez de minimiser. « C'est l'âge », « tu as tout pour être heureux » ferment la porte au lieu de l'ouvrir.

  • Osez poser la question, même celle qui fait peur. Parler du suicide avec quelqu'un qui va mal ne lui donne pas l'idée : cela lui montre que sa souffrance est reconnue.

  • Restez présent dans la durée, même quand il ou elle vous repousse.

  • Proposez une aide extérieure sans l'imposer : médecin traitant, psychologue, art-thérapeute… Laissez le jeune choisir ce qui lui parle.

  • Prenez soin de vous aussi. Accompagner un proche en souffrance est épuisant. Vous avez le droit d'être soutenu(e).


Pour conclure

Aller mal entre 16 et 25 ans n'est ni rare, ni honteux, ni une fatalité. Avec un espace sécurisant et un accompagnement adapté, on peut traverser ces tempêtes et en ressortir plus solide, plus en lien avec soi-même.

Si tu te reconnais dans cet article, ou si vous pensez à un jeune de votre entourage, n'attendez pas que « ça passe tout seul ».

Le reportage de RTL info réalisé à l'occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, dans lequel je réponds à une interview aux côtés d'une de mes patientes : voir le reportage sur Facebook - voir le reportage sur Instagram.


Mon article « Jeunes en création », sur la façon dont l'art-thérapie aide à exprimer ce qui ne peut pas encore se dire : lire l'article

Si des idées de mort ou de suicide apparaissent, il ne faut pas attendre.

En Belgique, le Centre de Prévention du Suicide répond 24h/24 au 0800 32 123 (gratuit et anonyme).


Source des chiffres : Sciensano, Enquête de santé 2023-2024 : Santé mentale, octobre 2025.

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