En quoi la créativité est-elle le super-pouvoir de l’art-thérapeute ?
- valeriebornet
- 31 juil.
- 3 min de lecture
Création réalisée dans le cadre (😊) de ma formation "Techniques de développement de la créativité"
Prérequis : avoir suivi l'initiation à l'IFAPME de Liège.
Lorsqu'on entend le mot « créativité », on pense souvent aux peintres de la Renaissance, aux inventeurs de génie ou à ces personnes « fantaisistes » qui regorgent d'idées originales.
Dans le cadre de l'art-thérapie, la créativité n'est ni un simple don artistique, ni un divertissement : elle est le moteur principal du soin.
Pour un art-thérapeute, la créativité ne réside pas dans sa capacité à produire de magnifiques œuvres, mais dans sa manière d'accompagner l'autre vers sa propre transformation.
Voici pourquoi la créativité est bien plus qu’un outil : c’est la posture essentielle de tout art-thérapeute.
1. Sortir de la routine et utiliser l'intelligence divergente au service du sur-mesure
Chaque patient franchit la porte d'un cabinet avec ses traumatismes, sa culture, son histoire et son fonctionnement propre. Il n'existe pas de formule magique ou de manuel universel en art-thérapie.
C’est ici que la créativité du praticien entre en jeu grâce à ce que le psychologue J.P. Guilford appelait l’intelligence divergente :
La fluidité et la flexibilité : La capacité à générer rapidement de nouvelles pistes et à changer de catégorie d'idées face à un blocage.
La sur-mesure thérapeutique : Si un patient bloque face à la peinture, le thérapeute créatif bifurque, propose du modelage, du collage ou du mouvement corporel sans perdre de vue l'objectif de la séance.
Être un thérapeute créatif, c'est savoir transformer chaque contrainte, refus ou imprévu en une nouvelle opportunité de soin.
2. Faire dialoguer les "deux cerveaux" et la diversité des intelligences
La créativité ne repose pas uniquement sur l'imagination débordante. Elle naît d'une dialectique rigoureuse entre deux forces complémentaires :
Cerveau / Posture | Rôle en Art-Thérapie |
Cerveau Droit / Intuition | Écoute empathique, accueil du symbole, liberté d'explorer les médiums, captation des signaux faibles du patient. |
Cerveau Gauche / Rigueur | Analyse, cadrage de la séance, choix des objectifs de soin et évaluation des progrès. |
De plus, en s'appuyant sur la théorie des intelligences multiples de Howard Gardner, l'art-thérapeute utilise sa propre créativité pour croiser les voies d'expression : connecter le corps (intelligence corporelle) au rythme (musicale), ou la couleur (visuelle/spatiale) aux émotions (intrapersonnelle). C'est ce qu'Arthur Koestler nommait la bisociation : faire se rencontrer deux univers pour déclencher une étincelle.
3. Offrir un espace de "Big Yes" pour apprivoiser la peur
La majorité des personnes en souffrance sont inhibées par la peur : peur du jugement, peur de l'échec, peur de faire « mal ».
L'art-thérapeute applique dans sa posture le principe du « Big Yes » (issu des méthodes d'idéation créative) :
Il suspend tout jugement évaluationnel.
Il accepte le matériel brut du patient, aussi étrange ou chaotique soit-il.
Il crée un cadre sécurisant où l’erreur n’existe pas et où l’expérimentation devient possible.
4. Activer la 4ᵉ voie face à la souffrance
Face au stress ou à un traumatisme, les mécanismes de défense primaires sont souvent la prostration, l’agressivité ou la fuite.
Il existe pourtant une quatrième voie, typiquement humaine : la créativité.
Là où la personne se sent figée ou impuissante face à sa vie, la pratique créative lui permet d'extérioriser sa souffrance, de lui donner une forme et de commencer à la transformer. En guidant le patient à travers ce processus, le thérapeute l'aide à passer du statut de victime passive à celui d'architecte de sa propre reconstruction.
5. Un impact mesurable sur la santé et la neuroplasticité
La créativité n'est pas qu'un concept psychologique abstrait, c'est aussi une réalité biologique !
Comme l'ont souligné plusieurs recherches en neurosciences, la pratique créative stimule la production du NGF (Nerve Growth Factor), favorisant le développement des connexions synaptiques (dendrites) dans notre cerveau.
En activant la créativité chez son patient, l'art-thérapeute ne fait pas que soulager l'esprit : il stimule la neuroplasticité et réarme la vitalité biologique de l'individu.
Pour un art-thérapeute, développer sa propre créativité n'est pas un luxe artistique : c'est la garantie d'une pratique vivante, adaptable, profondément humaine et scientifiquement ancrée. C'est ce qui lui permet de ne jamais s'enfermer dans des recettes toutes faites et d'offrir à chaque patient la possibilité de se réinventer.
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