L'Art-thérapie : Quand l'image devient le miroir de l'âme
Dernière mise à jour : 25 sept.
À l'atelier, les créations de mes patients restent chez moi, d'une séance à l'autre.
Au bout d'un moment, je les ressors. Je les pose toutes côte à côte sur la table. C'est alors que la création réalisée lors d'une des premières séances, sombre, faite de traits noirs et appuyés qui recouvraient presque toute la feuille se trouve non loin d'une création bien plus récente, un paysage ouvert, avec de la couleur et de l'espace vide.
Ce jour-là, le patient n'avait pas prévu de comparer les deux. C'est en les voyant proches l'une de l'autre qu'il a vu tout le chemin parcouru. Il est resté silencieux un long moment, les yeux allant d'une création à l'autre, avant de dire simplement : "Ah oui, quand même, je n'allais pas bien à ce point en arrivant chez vous".
C'est exactement ça, le rôle de l'image en art-thérapie : un miroir de l'intériorité, qui garde une trace fidèle de ce qu'on traverse, séance après séance.
Chaque coup de pinceau, chaque modelage, chaque assemblage devient une empreinte tangible d'une évolution qui, sur le moment, passe souvent inaperçue.
On ne sent pas toujours qu'on avance. L'image, elle, s'en souvient à notre place.
Revenir sur ces créations, c'est un peu comme feuilleter un journal intime, mais en images plutôt qu'en mots.
Une image vaut mille mots, dit-on, et c'est particulièrement vrai ici : une main qui tremble en travaillant la matière, une couleur choisie sans réfléchir, une forme qui se répète d'une séance à l'autre sans qu'on l'ait décidé, tout cela dit en un instant ce qu'il faudrait de longues phrases pour expliquer, et que les mots, eux, auraient pu maquiller.
Une autre patiente, marquée par un événement qu'elle n'arrivait pas à raconter, a modelé pendant plusieurs séances des formes fermées, presque hermétiques, sans la moindre ouverture. Des boules d'argile compactes, lisses, refermées sur elles-mêmes. Un jour, sans le préméditer, elle a laissé une fissure dans l'argile, presque par accident, en pressant un peu trop fort. Elle s'est arrêtée, a regardé cette fissure longuement. Ce jour-là, pour la première fois, elle a commencé à en parler.
J'ai gardé, moi aussi, mes propres carnets de création depuis mes débuts. Certaines pages me font sourire aujourd'hui, tant elles étaient chargées de ce que je ne voulais pas voir à l'époque. D'autres, plus récentes, sont étonnamment "légères". Je n'ai réalisé cela qu'en les regardant bien plus tard...
L'art permet de mettre en images ce qui est trop difficile à dire avec des mots. Il précède parfois la parole elle-même, ou la prise de conscience. Ce n'est pas un hasard si tant de personnes découvrent, en art-thérapie, des émotions qu'elles ignoraient porter.
Ce processus de reconnaissance, quand on revoit le chemin parcouru à travers ses propres œuvres, est source d'un vrai sentiment d'accomplissement, et souvent, de guérison. Ce n'est pas moi qui décrète que quelqu'un a progressé. C'est la personne elle-même qui le voit, noir sur blanc, ou plutôt couleur sur papier, sans que j'aie besoin de le lui expliquer.
Là où le mental peut mentir, la matière qui prend forme avec lâcher-prise ne ment pas. Et cela se révèle à toi quand tu y es prêt.
Si tu gardes tes propres créations quelque part, dans un tiroir, un carnet ou un vieux dossier, ose les ressortir de temps en temps. Ce qu'elles te montreront pourrait bien te surprendre. ;-)




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