TENIR LES 2 FILS : SUPERVISION & PRATIQUE ARTISTIQUE PERSONNELLE EN ART-THÉRAPIE
- valeriebornet
- il y a 5 jours
- 4 min de lecture

Il y a une question que l'on n'ose pas toujours poser à voix haute, surtout en formation : est-ce que je fais encore de l'art pour moi ? Et une autre, souvent vécue comme un aveu de faiblesse : est-ce que j'ai besoin qu'on me supervise ?
Pourtant, ces deux pratiques — la supervision clinique et la continuité d'une démarche artistique personnelle — ne sont pas des options réservées aux thérapeutes en difficulté. Elles sont, à mon sens, les piliers invisibles d'une pratique saine, durable, et véritablement thérapeutique.
La supervision : un espace pour penser ce qu'on ne peut pas penser seul(e)
Entrer dans la posture de thérapeute, c'est accepter d'être traversé par les histoires des personnes qu'on accompagne, par leurs silences, leurs images, leur douleur. Et très vite, même en formation, on peut se retrouver à porter des choses qu'on ne sait pas encore nommer.
La supervision n'est pas un contrôle. C'est un espace de pensée partagée, un lieu où ce qui s'est passé dans la relation thérapeutique peut être examiné avec distance et bienveillance. C'est là qu'on commence à comprendre pourquoi tel dessin d'un patient nous a troublé, pourquoi on a proposé telle médiation à ce moment précis, pourquoi une séance s'est soldée par un sentiment d'échec alors qu'il se passait peut-être quelque chose d'essentiel.
En formation, on apprend les outils. En supervision, on apprend à se regarder travailler.
Ce miroir n'est pas confortable. Il peut révéler nos angles morts, nos transferts, nos limites du moment. Mais c'est précisément cet inconfort qui constitue le terreau de la croissance professionnelle. Un(e) art-thérapeute qui ne se supervise pas, c'est un peu comme une artiste qui ne regarderait jamais ses œuvres terminées : elle travaille dans l'obscurité, sans retour, sans ajustement possible.
La supervision permet aussi de ne pas rester seul·e avec ce qu'on reçoit. Dans les métiers du soin et de l'accompagnement, l'isolement est l'une des premières causes d'épuisement. Avoir un espace régulier où déposer, questionner, réfléchir, c'est aussi se protéger — et protéger les personnes qu'on accompagne.
La pratique artistique : rester du côté de l'expérience
Il y a quelque chose de paradoxal dans le risque qui guette l'art-thérapeute en formation : à force d'étudier l'art comme outil thérapeutique, on peut progressivement s'éloigner de ce qui fait sa puissance — l'expérience directe, incarnée, incertaine de créer.
Continuer à peindre, dessiner, écrire, sculpter, improviser pour soi n'est pas un luxe. C'est une nécessité éthique.
Quand on accompagne quelqu'un dans la vulnérabilité de l'acte créateur — la page blanche, la matière qui résiste, l'image qui surgit et surprend — on doit savoir de quoi on parle. Pas intellectuellement. Corporellement. Émotionnellement. La pratique artistique personnelle maintient vivante cette mémoire du dedans : la façon dont une couleur peut changer d'un seul coup la lecture d'une œuvre, la satisfaction étrange de ne pas savoir ce qu'on est en train de faire, la résistance intime qu'on éprouve parfois à continuer.
Cette expérience nourrit l'empathie clinique. Elle rappelle aussi que l'art n'est jamais tout à fait maîtrisable — et que c'est précisément pour cela qu'il est thérapeutique.
Il ne s'agit pas de faire de "grandes œuvres". Il s'agit de rester en contact avec le processus. D'accepter de ne pas savoir où l'on va. D'être, parfois, déstabilisé par ce que la matière révèle. Ce sont ces moments-là — d'incertitude, de surgissement, de surprise — qui nous gardent proches de l'expérience de nos patients.
Quand les deux se rejoignent
Ce qui est remarquable, c'est que la supervision et la pratique artistique personnelle se nourrissent mutuellement.
Certaines supervisions s'ouvrent par un dessin, une image apportée par le ou la thérapeute lui-même. D'autres fois, c'est la séance de supervision qui remet en mouvement quelque chose d'artistique : une prise de conscience qui demande à être transformée, une émotion qui cherche sa forme.
Les deux pratiques partagent une même exigence : la présence à soi.
Elles invitent toutes les deux à ralentir, à observer, à tolérer l'incertitude. Elles résistent toutes les deux à l'idée qu'on peut "savoir" à l'avance ce qui va se passer. Et elles rappellent que le travail intérieur du thérapeute n'est jamais achevé — ce n'est pas une faiblesse, c'est sa condition.
Une invitation, pas une injonction
Si tu es en formation, tu n'as sans doute pas encore toutes les réponses sur ce que sera ta pratique. C'est bien ainsi. Mais il est utile de commencer tôt à cultiver ces deux espaces : trouver un lieu de supervision — individuelle ou en groupe — et garder du temps, même modeste, pour créer sans objectif clinique.
Non pas pour être "un meilleur thérapeute". Mais pour rester toi-même, en chemin.
C'est peut-être là, dans ce double mouvement — être regardé dans sa pratique et continuer à se laisser traverser par l'art — que se forge quelque chose d'essentiel : une présence qui n'appartient ni aux techniques apprises, ni aux diplômes obtenus, mais à la personne que l'on devient en les traversant.
Tenir les 2 fils — supervision et pratique artistique personnelle — n'est pas une posture que l'on adopte une fois pour toutes. C'est un engagement qui se renouvelle, séance après séance, atelier après atelier, année après année. Un engagement envers soi-même autant qu'envers les personnes que l'on accompagne.
Ce chemin, personne ne le parcourt vraiment seul(e). Et c'est peut-être là le message le plus fondamental : demander un regard extérieur sur sa pratique, continuer à créer pour soi, c'est déjà incarner quelque chose d'essentiel à l'art-thérapie — la conviction que la transformation est possible, à tout âge, à toute étape.
Si ces réflexions font écho à quelque chose en toi, sache que je propose un accompagnement sous différentes formes : des séances individuelles pour les personnes souhaitant explorer l'art-thérapie comme espace de soin, ainsi que des supervisions individuelles et des supervisions en groupe pour les art-thérapeutes en formation ou en exercice. Ces espaces sont pensés pour offrir à la fois rigueur clinique et chaleur humaine — parce que la réflexion sur sa pratique gagne toujours à se faire dans un cadre sécurisant et bienveillant.
N'hésite pas à me contacter si tu souhaites en savoir plus : 0473/57.17.45 ou v.bornet@hotmail.com




Commentaires